Un Africain qui meurt, ce n’est pas le monde qui brûle

Ces derniers jours, nul n’a pu rester indifférent devant la vague d’émotion qu’a soulevé l’attentat contre Charlie Hebdo. Au nord comme au sud, nombreux sont ceux qui ont été indignés par ces exécutions. L’évènement relayé par les médias dits internationaux a drainé beaucoup d’audience.

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Source : Wikimedia.org

Bien sûr, nul ne pouvait rester stoïque devant cette atteinte à la liberté de la presse. Chacun ira de son avis en criant haut et fort « JeSuisCharlie » ou « JeNeSuisPasCharlie« , c’est bien cela la liberté aussi. Devant tout ce ballet médiatique, il est indispensable de porter un regard sur la question de la démocratisation de l’information, car dans la même période, la secte Boko Haram  éliminait de la surface de la terre, plus de 2 milliers de personnes. Un massacre passé presque sous silence.

La valeur de la vie

Loin de vouloir faire le décompte macabre des morts, car une vie qui se perd est déjà de trop, l’affaire Charlie Hebdo a « bénéficié » du « spotlight » de tous les grands médias. Aucun détail n’a été omis. Des éditions spéciales aux plateaux dédiés à la situation de grave crise, le monde entier a pu suivre de très près les soubresauts de cette l’affaire. Hommages et recueillements ont été rendus à ces 12 personnes tombées sous les balles assassines des frères Kouachi. C’est d’ailleurs à la suite d’une intervention militaire,  diffusée presque en temps réel que les forcenés ont été mis hors d’état de nuire.

Plus loin de là, à plusieurs milliers de kilomètres, plus de 16 villages sont rasés. Une affaire passée presque sous silence, ici et ailleurs. La vie, semble-t-il, n’a pas la même valeur partout. Un drone qui décime (par erreur ?) une famille entière en Irak, cela sera rangé dans le dossier des dommages collatéraux et nul n’en parlera sur aucun média dit international. Une tuerie dans un pays africain attristerait moins le monde que si elle avait eu lieu en plein cœur de Paris, à Boston, ou encore à Kiev. Oui, la valeur de la vie a plusieurs significations, selon le lieu géographique, la puissance financière, la force de frappe militaire… Mais nous, que faisons-nous pour nous-mêmes ?

Source : Wikimedia.org
Source : Wikimedia.org

Chacun doit faire son deuil

Le 14 avril 2014, plus de 260 jeunes filles d’une école secondaire publique à Chibok (dans l’Etat du Borno Nigeria) ont été enlevées alors que celles-ci n’aspiraient qu’à s’instruire. Non, je ne vous parle pas de 3 jeunes filles, mais de plus de 260, enlevées comme on emporterait des têtes de bétail.
Suite à cela est née un slogan (#BringBackOurGirl) initié par Michelle Obama, la plus africaine des chefs d’État dira-t-on, celles qui sont légitimes étant trop occupées à se refaire une beauté, en shopping à Paris ou que sais-je encore. Des associations sont nées, réclamant avec bec et ongles, la libération de ces jeunes filles.

Plus de huit mois après, aucune trace des jeune filles. J’éviterai de vous inviter à penser un instant au calvaire que cette situation doit constituer pour leurs différentes familles, aux défis auxquels elles ont à faire face dans leur nouvelle vie, aux missions qui leurs sont confiées, aux atrocités qu’elles sont peut-être emmenées à commettre…

C’est de notre passivité que l’ennemi tire sa force

Boko Haram ne compte pas s’arrêter en si bon chemin dans son aventure macabre. Chaque jour, de nouvelles familles sont endeuillées. Le Nigeria, bastion de cette secte reste impuissant devant son avancée. Le Cameroun est en observateur, le Bénin préfère décréter un jour de deuil national pour pleurer les caricaturistes de Charlie Hebdo tués, le Tchad a mis du temps à se préoccuper de cette affaire, le Niger reste passif. Quant au Cameroun, dont le président au pouvoir depuis 32 ans se fait narguer par Abubakar Shekau (Chef de Boko Haram), il faut croire que sa réaction se fera encore attendre.

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Source : Google Map

Ici, une personne qui meurt, c’est le destin qui l’aura voulu ainsi. Pour certains, Dieu aura repris ce qu’il a donné, pour d’autres, les génies protecteurs auront eu besoin d’un sacrifice. Quoi qu’il en soit, cette décision est irrévocable. Comme ces enfants qui sont enlevés çà et là, en Côte d’Ivoire depuis plusieurs mois, sans que cela n’émeuve personne.

Un Africain qui meurt ce n’est vraiment pas le monde qui brûle.

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M.C Agnini
M. C. Agnini, c’est ainsi qu’il faudra m’appeler, à l’état civil ce sera Stéphane Tano Agnini. La Côte d’Ivoire est la terre qui m’a vu naître, alors il a été décidé que je sois Ivoirien. Je le suis donc. L’Afrique, oh ce beau continent ! c’est dans cette Afrique que ma chère Côte d’Ivoire a bien voulu élire domicile, quelque part dans sa partie occidentale. Je suis Africain .

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