A Abidjan, aux heures de pointe, le client perd sa couronne

A Abidjan, se déplacer prend des allures d’énigmes conçues pour personne au QI impressionnant. Le vrai casse-tête abidjanais tout simplement. Les heures de pointe, le matin (7h30-9h) et le soir (18h30-20h), représentent un véritable supplice pour le client. Lui qui est censé jouir de tous les privilèges, se voit très souvent martyrisé par son bourreau-serviteur : le chauffeur.

N’est-il pas dit que le client est roi ? Quand sonne cette tranche d’heure, la formule change radicalement et la couronne se pose délicatement sur la tête de monsieur le conducteur. Dès cet instant, c’est lui qui impose les règles du jeu.

Aux heures de pointe, le chauffeur perd de sa galanterie
Aux heures de pointe, le chauffeur perd de sa galanterie

L’embouteillage, le bouc émissaire

Les transports en commun ont pour avantage de réduire un tant soit peu, les dépenses des usagers en matière de déplacement. Les déplacements en gbaka, ainsi qu’en woro-woro, occupent une place de choix dans les habitudes des abidjanais. De ce fait, pour des raisons que seuls les chauffeurs sont capables de comprendre et surtout d’expliquer, il leur arrive de faire la pluie alors que le ciel est beau et ensoleillé. Leur politique de prix est bien difficile à comprendre. Avec des tarifs qui varient au fil des heures, on se demande bien si offrir un « service » a encore de la valeur. Pour justifier cette fluctuation qui frise l’arnaque, la raison trouvée est la présence des embouteillages. Pourquoi faut-il que ce soit le client qui supporte alors ce désagrément ? Difficile de trouver une réponse à cette question, toujours est-il que les transporteurs ont leurs méthodes bien à eux pour faire payer plus au client.

Segmentation du trajet

Les objectifs ne sont visiblement pas les mêmes. Alors que le client, soucieux de ne pas avoir à se justifier devant son employeur, cherche par tous les moyens à se rendre sur son lieu de travail, les chauffeurs eux veulent faire caisse pleine. Exigence des propriétaires de véhicule ? Mieux vaut ne pas chercher à savoir. Pour y arriver, il faut trouver des stratagèmes aussi ingénieux que malhonnêtes. Sinon comment expliquer qu’aux heures de pointe, le trajet qui se parcourait avec un seul véhicule exige que vous en empruntiez deux. Dès lors, vous vous retrouvez avec une note deux fois plus salée que la normale. Illustration :

  • Pour le trajet Cocody-Angré woro-woro facturé normalement à 300 F CFA, une segmentation du trajet en deux portions vous obligera à payer 250 F CFA pour chacune d’elles. Ainsi, Cocody- 2 plateaux (Sococé) 250 FCFA, puis 2 plateaux-Angré 250 F CFA.

  • Pour le trajet Adjamé-Abobo en gbaka qui est facturé à 200 F CFA, le double trajet vous imposera de payer 200 F CFA pour la portion Adjamé-Zoo, puis la même somme pour l’autre portion.

  • Pour le trajet Riviera 2-Angré en woro-woro dont le coût est de 300 F CFA, vous n’aurez pas d’autre choix que de « décomposer » en suivant cette logique : Riviera 2 – Attoban (200 F CFA), puis Attoban-Angré (200 F CFA).

  • Et la liste est longue

Ce consensus mafieux entre chauffeurs donne le tournis aux clients mais ont-ils vraiment le choix ? L’unique solution serait de se déplacer bien avant cette tranche d’heure fatidique, ou encore d’attendre que les choses se calment pour le faire.
Au pire des cas, vous pouvez vous mettre à plusieurs et emprunter un taxi compteur suite à un arrangement très serré, car eux aussi sont les rois à ces heures-là.

Pas de monnaie, pas de chance pour vous !

Aux heures de pointe, lorsque le transporteur s’accapare la couronne sensée revenir au client, inutile de sortir les phrases du genre « chauffeur, pardon j’ai un billet de 1000 Francs », avant même que vous n’ayez terminé votre phrase il vous dira « montez avec la monnaie, sinon ce n’est pas la peine ». De quoi se demander lequel du client ou du conducteur est sensé fournir la monnaie à l’autre. Comment expliquer qu’un conducteur qui prend deux clients disposant de la monnaie, refuse en retour d’en prendre deux autres qui n’en ont pas, sachant bien que la monnaie des deux premiers peut être utilisée pour « libérer » les deux autres. Un conducteur expliquait à ce sujet que certains de ses collègues profitaient des heures de pointes pour se faire un stock de monnaie qu’ils utiliseraient plus tard. Difficile de comprendre la logique de cette attitude. A défaut de tomber sur un conducteur de bonne foi, une solution s’offre à vous; faire un achat pour « casser » votre billet.

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Vous avez dit courtoisie ? N’y pensez même pas

Vous n’êtes plus le centre des intérêts car ayant perdu votre couronne. Et puis, pas besoin de vous faire un dessin, vous remarquez par vous-même que ce ne sont pas les clients qui manquent à l’appel. Alors évitez d’être trop exigeant ! Acceptez que l’on vous manque de respect, que l’on ne vous donne aucune réponse alors que vous essayez simplement de vous renseigner, que l’on ne vous dépose pas exactement là ou vous souhaitez descendre mais bien là ou l’envie du roi-conducteur vous emmène…

Acceptez car pour l’heure vous n’avez pas trop le choix. Vous aurez le cœur serré, le moral affecté mais tenez bon car très bientôt, ce sera votre tour. Votre couronne vous reviendra et vous pourrez rendre la pareille, cela à votre aise, quitte à présenter un billet de 2000 Francs pour régler une course de 200 Francs.

Et que dire de la conduite à ces heures, là aussi c’est une autre paire de manche.

*Gbaka  : Minicar de transport en commun 

*Woro-woro : Taxi communaux 

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