[ FICTION ] : Le message que le « petit Bouba » aurait voulu nous adresser après sa mort brutale

Comme de nombreux enfants, le petit Bouba a été sauvagement arraché à l’affectation de ses parents. La tristesse me submerge à l’instant ou j’écris ces quelques mots. Il y a un moment, j’ai regardé une vidéo dans laquelle le présumé tueur du petit Bouba passe aux aveux. Son témoignage donne froid dans le dos. Il dit avoir été motivé par son marabout, qui lui a suggéré de commettre ce crime rituel, dans la seule et unique intention morbide de devenir riche.

Mon esprit m’a donc poussé à faire parler le petit Bouba. Entre fiction presque réelle et grosse dose d’émotion, ma plume a été pour cette fois, très humide.

Début : 22 H 50

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Il me tardait de vous adresser ces mots. Ce sont là les vives émotions que je ressens depuis que j’ai fait le voyage duquel je ne reviendrai jamais. Je vais être bref. Bien plus bref que le temps qu’il m’est resté à vivre une fois que nous avons embarqué dans le véhicule qui m’accompagna pour mon dernier voyage.

J’ai pris mon départ. En ai-je vraiment eu le choix ? Qu’à cela ne tienne. Tonton Étienne m’avait rassuré que nous reviendrons très vite à la maison. Il avait toujours été gentil avec moi, et puis, papa et maman l’aimaient bien. C’était mon tonton du quartier. Qu’est-ce que je pouvais bien craindre ?

Mais sur le chemin, quelque chose me disait que je ne reverrais plus le paysage que je voyais là défiler. Je n’étais pas bien grand du haut de mes 4 ans, mais j’ai fait l’effort de regarder chaque ruelle du quartier, en faisant attention aux détails. Je revois ce terrain ou les autres enfants et moi, aimions bien jouer. Ah, des histoires sur ce terrain, j’en ai tellement à raconter !

Nous avons emprunté un véhicule et le voyage a commencé. C’était long. Très long. Tonton Étienne me disait que nous allions voir de belles choses là-bas. J’étais impatient ! Et puis… et puis je suis ici. À vous regarder sans que vous ne puissiez me voir. Je vois sur vos visages tant de tristesse et de désolation. Je vois la révolte dans vos yeux. Je vois la colère dans chacun de vos mouvements. Vous repensez à ce moment où Tonton Etienne m’a demandé de descendre du véhicule car nous avions atteint notre destination. Vous repensez à la peur que j’ai ressenti en découvrant que nous étions seuls, et que tout autour, il y avait de la broussaille. Vous vous imaginez alors comment j’ai essayé de me débattre quand Tonton Étienne m’a pris par la main, quand il m’a rapproché de lui, quand son regard a soudainement changé, quand je lui ai demandé ce qu’on faisait là et qu’il répondu par un silence coupable. Vous vous imaginez toutes ces choses et vous êtes révoltés. Sachez que je le suis aussi.

Depuis que je suis arrivé ici, j’ai encore plus mal pour votre monde. J’ai mal pour maman qui ne peut plus fermer l’œil de la nuit. J’ai mal pour papa qui se sent si limité, si incapable de remonter le temps. J’ai mal pour tous ceux qui ont mal pour le mal que l’on m’a fait. Votre monde va mal. Ma vie a été raccourcie. Mon existence avortée par la cupidité d’un homme. Ma vie n’a pas valu plus que quelques billets de banque. Votre monde va vraiment mal.

Je suis ici et je découvre une autre vie. J’avoue que j’aurais voulu profiter de toutes ces années que j’aurais pu vivre, mais ici au moins, je me sens en sécurité. Personne ne viendra me faire du mal pour son bien-être. Personne ! Et cette seule pensée suffit à me redonner un bout de plaisir. Ici, j’ai la chance de grandir, cette chance que Tonton Étienne ne m’a pas laissé.

Si j’ai une chose à vous demander, c’est de faire en sorte que ma mort ne soit pas inutile. Je ne suis plus c’est vrai, mais vous pouvez vous en servir comme argument pour faire cesser ces crimes odieux. Les enfants n’ont pas à payer pour ce que vous avez fait du monde, une jungle où l’on est prêt à tout pour quelques billets, un territoire où la réussite sociale passe avant la vie, un enfer pour les faibles. Votre monde va si mal.

Je vous avais dit que je ne serais pas long. Je retourne profiter de la sécurité qui règne ici. Au moins, je ne risque pas de subir un sort similaire à celui qui fait votre tristesse aujourd’hui.
Mais il y a bien une chose qui me taraude l’esprit. Des fois, je pense à ces enfants qui viendront grossir notre nombre car certains parmi vous, continuerons encore de nous sacrifier au nom de leur soif de réussite sociale.

Promettez-moi de veiller sur vos enfants. Vous allez tous me manquer. Et maman aussi, et papa aussi. Et mes deux frères. Dites-leur que je vais bien et que je suis heureux ici. Mais qu’à cela ne tienne. Tonton Étienne en a décidé autrement, mais seul Dieu a le dernier mot.

Aimez-vous. Faites l’amour et non la guerre ! Moi, j’ai trouvé la paix ici.

Fin : 23 H 21

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 Les mots de Bouba auraient été beaucoup plus poignants. Ils auraient touché notre sensibilité, et peut être notre raison. A l’unanimité nous soutenons qu’aucune famille ne mérite de subir une telle tragédie. C’est avec les mots de mon cœur, de ma douleur, que j’ai écrit ces quelques phrases, en la mémoire de Bouba, pour que plus aucun enfant ne soit précipité dans l’eau delà, au nom de la cupidité d’un adulte qui aura été lâché au pont de ne pas assumer ce qu’il a fait de sa vie.

Adieu Bouba !

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M.C Agnini
M. C. Agnini, c’est ainsi qu’il faudra m’appeler, à l’état civil ce sera Stéphane Tano Agnini. La Côte d’Ivoire est la terre qui m’a vu naître, alors il a été décidé que je sois Ivoirien. Je le suis donc. L’Afrique, oh ce beau continent ! c’est dans cette Afrique que ma chère Côte d’Ivoire a bien voulu élire domicile, quelque part dans sa partie occidentale. Je suis Africain .

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