Festival Afropolitain : jazz et slam conquièrent le public de l’Institut français

Article : Festival Afropolitain : jazz et slam conquièrent le public de l’Institut français
28 juin 2019

Festival Afropolitain : jazz et slam conquièrent le public de l’Institut français

La sixième édition du Festival Afropolitain nomade a ouvert ses portes à Abidjan, le 25 juin 2019. Au programme, des rencontres avec des artistes de divers horizons. Pour la deuxième journée, j’ai jeté mon dévolu sur le spectacle Jazz et Slam qui s’est tenu à l’Institut Français. Embarquement immédiat !

Journée très mouvementée avec la team mondoblog. Alors que je venais de mettre des noms sur des billets que j’ai pris plaisir à lire, des blogs que je prends plaisir à visiter, j’allais vivre une expérience extraordinaire dans la salle de spectacle de l’Institut Français. Que demander de plus ?

19 heures. Nous sommes accueillis avec des sourires étincelants. Les hôtesses brillent par leur maîtrise de cet exercice. Nous recevons nos « pass d’entrée ». Avant de faire le grand saut, une photo de famille s’impose. « Cheese » ! Clic ! Le déclencheur de l’appareil photo vient mettre fin à ces instants de fou rire. Il faut partir.
Les portes s’ouvrent. C’est d’abord l’obscurité qui nous éclabousse, puis envahit nos pupilles qui finissent par se dilater. La salle est là, devant nous. Les quelques personnes qui ont déjà pris place pianotent encore sur leur téléphone. Il faut s’installer pour ne pas déranger plus longtemps. La salle n’est pas pleine à moitié. Mais l’art est sélectif. Le nombre n’est qu’une vue de l’esprit. Le ton est donné. Le voyage peut commencer.

Du Slam… 

Le Slameur ivoirien Kapégik donne de la voix. Son slam, il l’appelle « slam coco bacca ». Porté par des mots en français, en argot ivoirien et des mots en nouchi*, sa voix cisaille différents lexiques par la force des images. Les images, ça lui connait. Il visite le quotidien des populations, sans maquiller la réalité. Il la présente telle qu’elle est, en abordant les problèmes de fond, sans faux-fuyants. Hymne à sa très chère Côte d’Ivoire, récit des événements de la crise post-électorale de 2010 et mise en garde face aux élections de 2020 qui approchent, hommage à l’artiste A’Salfo, Kapégik suscite des acclamations de la foule à chaque phrase forte qu’il lance. Il est soutenu par les cordes d’une guitare pincées avec talent, et une voix, celle de son binôme, Mawatta, qui l’accompagne tout en mélodie et en rythme.

« Un matin on était assis en train de gérer nos gbas, un coup on a entendu gbo, on a tous eu peur, enfant, vieux, femmes, adultes, même ado… »

« Désormais dans mon Abobo, ce n’étaient plus les enfants mais les balles qui étaient perdues. On les retrouvait dans une cuisse, un ventre, un crâne ou par chance dans un mur. La mort faisait l’appel. »

« Ton avenir est tracé depuis le berceau. Ils t’ont dit que tu ne vas pas réussir, dis leur c’est faux. T’es pas bête, tu as un talent, tu as un cerveau. De zéro tu peux être héros, comme A’Salfo. »

A sa suite, le trio dénommé les Powêtes, originaire du Gabon, prend place. Trois micros à pied. Deux dames. Un homme. Une guitare. Des voix, des mots et des chants. Les artistes allient performance slam et chanson africaine. La symphonie est belle. Avec eux, on a l’impression que l’Afrique est un pays, tant les problèmes sont les mêmes. Ils en abordent plusieurs : corruption, mauvaise gouvernance, jeu démocratique biaisé, élections meurtrières, crise de l’école… Les jeux de mots sont époustouflants, les chants entraînants. L’applaudimètre ne peut mentir.

« A la différence je dis oui, car c’est elle qui nous lie. A nos différence je dis oui, pour qu’il y ait toujours un toi, un nous, les autres, des couleurs, des vies, une tolérance entre autres. A nos différences, on dit oui et vous ? »

« Sur le chemin de la démocratie, nombreux se sont perdus. »

Mauriusca Moukengue, du Congo, vient prolonger la liste des slameurs qui animent cette soirée. Son apparition sur la scène soulève des applaudissements. Elle est vêtue majestueusement. Avec elle, il faut retenir le slogan « le slam s’enflamme ». La foule l’accompagne tout en chœur. Elle chante l’amour, danse l’amour, vit l’amour. Elle emballe le public dans ses envolées qui demandent un souffle particulier. Par moment, elle rappe même. Elle s’envole, puis ne veut plus descendre. L’artiste est littéralement en lévitation. Le public la suit, avec gaîté, dans son délire de déluré.

« Le jardin n’est beau que par la diversité de ses fleurs. La terre n’est terre que par ses multiples couleurs. »

Dans le lointain une voix se fait entendre. Des paroles incompréhensibles – du moins pour nous – embaument l’atmosphère de l’Institut français. La voix clame, l’identité de l’Afrique, celle des Africains. Elle cite des pères fondateurs, leur rend hommage. La voix accuse, elle réclame. La voix en a marre. Il faudra attendre un peu plus de trois minutes pour voir apparaître sur la scène, une silhouette, les cheveux en bataille. C’est le slameur Kmal, du Bénin.

Sur scène, il est irrésistible. Impossible de ne pas lui prêter nos oreilles, qu’il y déverse toute sa hargne contre la société. Il fustige l’Africain. Il tacle l’Occident. Il exalte l’Afrique. Plus loin, il fait un pied nez à la religion, ou plutôt aux religieux qui abusent de la naïveté des plus faibles. Le public est en harmonie avec lui, scandant « amen, amen » à ses nombreuses sollicitations. Pour finir Kmal s’est fait le défenseur des hommes, non pas sans soulever les cris de protestations des femmes présentes dans la salle. Selon lui, « tout ce qu’une femme fait, elle le calcule ».

« Les églises se créent à chaque coin de rue, et Dieu, une marchandise. Laissant les fidèles dans leur pauvreté, et dans le cœur le mot espoir. »

 

« Le monde est affame de vérité. Les gens ne prennent même plus la peine de s’écouter pourtant nous voulons connaitre Dieu. »

… et du Jazz ! 

Après ces prestations, il faut passer au jazz. J’avoue que ce fut une grande découverte pour moi. Et très honnêtement, devant tant d’harmonie dans les orchestrations, je n’ai pu trouver de justes mots pour qualifier ce que j’ai vu et entendu. Si ce n’est que j’ai vu se replacer coup sur coup, l’orchestre ivoirien Jaixi (batterie, synthétiseur et guitare) qui cumule deux albums à son actif, et le Camerounais Papy Anza, deux albums pour cinq ans d’expérience dans le domaine. J’ai été conquis. Le public n’a pas boudé son plaisir. Mon voisin de devant ne tenait plus en place, on aurait dit que c’était lui qui faisait groover la guitare. Comme quoi, la musique c’est de la folie !

* Nouchi : Le nouchi est une forme d’argot présente en Côte d’Ivoire et en Afrique de l’Ouest. Le nouchi est un mélange de français et de plusieurs langues de Côte d’Ivoire, il est apparu au début des années 1980.

 

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