Etudiants des universités publiques, ces éternels sacrifiés !

Un jour nouveau s’est levé sur l’enseignement supérieur en Côte d’Ivoire. Plongé dans un profond coma depuis de nombreuses années, les universités publiques avaient besoin d’une visite en réanimation, pour recevoir leur dose d’adrénaline. Les moyens furent trouvés, le cadre déterminé et une manœuvre quelque peu sévère, adoptée. Les mauvais grains ou ceux mal enracinés furent même extirpés.

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Une vue de l’université Felix Houphouet Boigny après les rénovations / CREDIT : Wikimedia

Comme lors du déballage des cadeaux à la Noël, tous furent agréablement satisfaits de découvrir les nouveaux habits des universités. Je fais même partie de ceux qui, dans un coin reculé de leur imagination, ont voulu faire un « flash-back » pour se former au sein de « l’université nouveau », celui de l’émergence. Seulement, après quelques années, les temples du savoir semblent plutôt immerger. Heureusement ou malheureusement – tout dépend du côté où chacun se situe – dénoncer une irrégularité dans mon pays, c’est porter la casquette de l’opposant incendiaire. Le départ nouveau a bel et bien eu lieu, mais ici comme ailleurs, les habitudes ont la peau dure. Le malaise social, cet animal longtemps combattu visiblement sans succès, n’a pas mis du temps à ressortir de sa tanière. Et le bouc-émissaire (?) a vite été mis face à ses dérives qui consistent à réclamer ses droits. La FESCI (Fédération Estudiantine et Scolaire de Côte d’Ivoire) et les autres fédérations estudiantines ont pris un coup dur.

Ici, la priorité ce n’est pas l’éducation

Lundi 11 avril 2016, la FESCI, ce monstre étranglé sans succès refait surface de fort belle manière. Avec des méthodes qui sont les siennes, il présente un chapelet de revendications qui a y regarder de plus près, n’ont rien de surréalistes. Entendre des jeunes gens scander « on veut étudier ! On veut étudier ! », même avec un cœur d’acier, on ressent un pincement dans la poitrine

Vous avez dit jeux de la francophonie ?

Comment comprendre que des étudiants se verront réquisitionner, déjà en 2016, leurs chambres en vue de l’organisation des jeux de la francophonie prévus pour 2017 ? La question de la date n’est pas l’essentiel du problème, tout réside dans le choix qui est fait. Jusque-là, tous les sens dans lesquels j’ai renversé cette question au fond de mon esprit ne m’ont donné aucune réponse probante. Ou le pays a les capacités d’accueillir un tel événement, et il le fait sans avoir à contraindre des étudiants à se plier en quatre pour trouver ou passer la nuit, ou il n’en a pas la capacité et il décline l’offre. Surprenant de voir que nos dirigeants sont capables d’accepter de brader l’éducation de cette manière. D’autant plus que plusieurs citées universitaires à Abidjan (Cité rouge, Port-Boué, Riviera 2, Mermoz…) sont plongés au cœur de travaux de réhabilitation qui ne semblent pas être prêts de s’achever dans les 5 prochaines années, du moins à ce rythme. Pourquoi donc ne pas utiliser ces citées en réhabilitation pour accueillir la foule de participants qui viendront ? Encore là une question qui ne mérite pas de réponse claire. Certainement !

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Une vue de la cité universitaire de l’université Felix Houphouet Boigny / CREDI : M.C Agnini

Système LMD ou un une pâle copie pour Laisser Mourir la Détermination

Le départ nouveau a ouvert les portes à l’introduction du système LMD (Licence Master Doctorat) dans les universités publiques ivoiriennes. Quelques années après, ce qui semblait être une chance pour l’enseignement supérieure en Côte d’Ivoire grince. De toute évidence, un manque de graisse pour faire fonctionner correctement les engrenages de la machine est à la base. Entre autres exigences, le Système LMD requiert de nombreuses recherches de la part des étudiants. Pourtant sur la fac, à l’université Félix Houphouët Boigny de Cocody en l’occurrence, chercher à se connecter à internet ressemble plus à des exercices acrobatiques dignes des olympiades qu’à toute autre chose. En l’état actuel des choses, ce système n’est donc pas encore applicable.

Pourtant, lors de la réouverture de ce temple du savoir rénové à coup de milliards, les innovations qui ont été annoncées prévoyaient même l’introduction du e-learning avec des professeurs qui ne se verraient plus contraints de faire des déplacements d’une ville à une autre, afin de dispenser les cours. Que dire donc de la vétusté des bibliothèques et des laboratoires qui peinent à être équipés. En faculté de médecine par exemple, par un manque de matériel, l’année blanche est beaucoup plus évidente qu’un probable passage en année supérieur.

Entre des enseignants continuellement en grève pour primes impayées et des années universitaires qui s’allongent sans relâche, abandonner peut vite devenir un choix qui s’impose.

Pendant ce temps, le système se corse

Face à ces quelques maux que rencontrent les futurs cadres du pays, les étudiants décident de monter au créneau afin de prendre leurs destins en main en criant leur ras-le-bol. On aura beau reconnaître aux étudiants leurs dérives et leurs procédés peu orthodoxes voire barbares, les maux qui minent l’université sont nombreux, les autorités font la sourde oreille et se taire c’est accélérer la déchéance. Le mot d’ordre de grève fut donc lancé.
Mais comme il est de coutume dans mon pays, le plus faible n’a jamais raison. Il faut réprimer pour ne pas que la gangrène se répande. D’ailleurs le procédé n’est pas nouveau, l’on a toujours fonctionné ainsi. Au point où il semble régner une sorte de « rivalité sordide » entre étudiants et forces de l’ordre. Une fois de plus la machine s’est mise en marche. De l’usage des gaz lacrymogènes aux courses poursuites improvisées, le sauve qui peut sera généralisé dans la journée du 11 avril 2016. Pour cette fois, juste une trentaine d’étudiants seront interpellés muni-militari.

Il est important que l’on se demande une fois pour de bon, la place qui est accordée à l’éducation dans ce pays et plus singulièrement aux étudiants. Il est important que cela soit défini clairement afin que les décisions prises le soient en fonction. Car aujourd’hui malgré les apparences, force est de constater que l’enseignement supérieur en Côte d’ivoire, ressemble à un système qui a pour vocation de pousser le maximum de monde vers la porte de sortie.

L'éducation perd sa place sous nos tropiques
Aux plus jeunes, l’école risque d’apparaître comme un processus inutile. CRÉDIT : M.C Agnini

Des reformes ont certes été entreprises mais tant que la place déterminante et l’importance de l’étudiant ne lui sera pas reconnue, il se retrouvera encore et encore dans la posture du poulet qu’il importe peu de sacrifier. Si rien n’est fait, les futures générations finiront un jour par se faire à l’idée que l’éducation ne sert pas à grand chose finalement.

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M.C Agnini
M. C. Agnini, c’est ainsi qu’il faudra m’appeler, à l’état civil ce sera Stéphane Tano Agnini. La Côte d’Ivoire est la terre qui m’a vu naître, alors il a été décidé que je sois Ivoirien. Je le suis donc. L’Afrique, oh ce beau continent ! c’est dans cette Afrique que ma chère Côte d’Ivoire a bien voulu élire domicile, quelque part dans sa partie occidentale. Je suis Africain .

4 thoughts on “Etudiants des universités publiques, ces éternels sacrifiés !

  1. Superbe article! Franchement c’est revoltant de voir a quel point nos dirigeants negligent l’education. On a beau apprecier les efforts qui sont faits pour embellir le pays, c’est justement l’education qui permettra aux jeunes de profiter pleinement de toutes les infrastructures mises en places, et de les ameliorer. Parfois je m’asseois et puis je demande comment ca se fait qu’ils ne se rendent pas compte que l’education et la sante sont les domaines les plus importants pour le developpement d’un pays. Facon mon coeur est chaud la c’est mieux je vais me taire…

  2. Tu l’as dis, quelle est la place de l’éducation dans notre pays? Avec nos dirigeants tout est dans l’habillage – bien éphémère d’ailleurs – les questions de fond restent ignorées.

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