Réseaux sociaux, grandes gueules et mouroir populaire

Il est loin derrière nous le temps où chacun pouvait s’offrir le loisir d’exprimer ses idées sans se soucier d’une quelconque critique. Le temps où la seule menace était la crainte de voir des journalistes un peu trop zélés faire des critiques virulentes a connu bien des transformations.

Aujourd’hui, que l’on soit un ministre qui a du mal à compter au-delà de 200, ou même un autre qui tient un discours aux allures sauvages et agressives, ou encore une chroniqueuse qui met le respect entre parenthèse le temps d’une émission elle-même déjà très critiquée, on peut très vite se prendre dans le visage une baffle amplifiée par des individus en quête de buzz ! Les réseaux sociaux ont tout changé.

Les réseaux sociaux ont changé les codes de bonne conduite et les valeurs qui régissaient les relations entre les humains / CRÉDIT : LoboStudioHamburg – Pixabay

Le pouvoir aux anonymes

Facebook, Twitter, Instagram… Qu’importent les plateformes qu’ils utilisent, les internautes ont découvert un pouvoir extraordinaire qui était resté jusqu’ici inaccessible. Ce pouvoir-là c’est la capacité de donner son avis, à n’importe qui. Ainsi, face à ce qu’ils considèrent comme de mauvaises actions, des injustices… ils ne se font pas prier pour exprimer leur idées et leurs coups de gueule. Et pour cela, même s’ils sont de parfaits inconnus qui ont aucun poids sur l’échiquier des personnes influentes, la force du nombre leur donne un sentiment de toute puissance. Ils ne se font donc pas prier…
Dans leur élan, ces anonymes aux super-pouvoirs mènent des actions tellement puissantes qu’elles peuvent contraindre un ministre, une personne qui a des responsabilités au sommet d’un État, à recadrer ses propos. Elles sont capables de pousser des politiques à revenir sur leurs décisions, elles sont capables de forcer des géants faire demi-tour et bien plus encore. N’est-ce pas merveilleux ? Si les personnes publiques sont les plus exposées, elles ne sont malheureusement pas les seules à être concernées.

Restriction ? Enfin, presque

Les réseaux sociaux ont changé les codes de bonne conduite et les valeurs qui régissaient les relations entre les humains. Aujourd’hui, il parait normal de s’immiscer dans une discussion, que l’on soit concerné ou pas, si tant est que cela est public. Pas la peine de vous plaindre, vous n’aviez qu’à la garder pour vous ectte photo, plutôt que de l’exposer aux yeux de tous, ou encore vous pouviez éviter de tenir ce genre de propos publiquement. Si c’est trop tard, vous n’avez plus qu’à supprimer votre publication ou votre tweet… mais avant, assurez-vous que personne n’a utilisé le super outil qui dépasse toutes les règles de confidentialité de n’importe quel réseau social. Il s’agit évidemment de la fonction “capture d’écran”. Théoriquement, si une personne supprime une publication, personne d’autre ne devrait avoir le droit de l’utiliser après cette action. Pourtant, techniquement  c’est toujours possible. Sur les réseaux sociaux, les erreurs peuvent facilement être gravées dans du marbre, impossible de s’en défaire.

Quand l’émotion dépasse la raison… le « buzz-dérision » se pointe

Comme il fallait s’y attendre, l’effet pervers des réseaux sociaux n’a pas tardé à pointer du nez. La quête du buzz fait souvent prendre des raccourcis. Ces raccourcis consistent à faire preuve du minimum d’objectivité possible. Ainsi, on se retrouve au beau milieu de critiques plus destructrices que constructives. Le mot d’ordre est aussi simple que sadique : “taper là où ça fait mal, aussi fort que possible”. Et la solution la plus adaptée c’est la dérision, rien n’est grave puisque tout est tourné en dérision. A ce niveau, les internautes ne manquent pas de créativité. Pas de discussions constructives ni de propositions concrètes. On préfère en rire, se moquer, et même humilier.
Parfois, le bouchon est poussé un peu trop loin, et dans cette quête de moqueries qui rivalise de médiocrité, la meilleure est celle qui fera couler le plus de larmes. Pour les internautes qui ne demandent que cela, les larmes viendront après avoir longtemps rigolé. On oublie que derrière chaque écran d’ordinateur ou chaque smartphone, derrière chaque connexion internet, derrière chaque compte Facebook ou Twitter, ce sont des êtres humains avec leurs sensibilités et leurs fiertés qui sont ainsi piétinés. Pour la victime au milieu du scandale, les larmes viendront à coup sur quand elle verra sa réputation réduite à néant.

 

Un harcèlement déguisé mais tout aussi destructeur

En vérité, quelle différence y a-t-il entre faire circuler une sextape et diffuser sur les réseaux sociaux une publication qu’un individu a décidé de supprimer (reconnaissant son erreur) ? Si l’un parait plus dégradant que l’autre, les deux produisent le même effet : un harcèlement dur à porter. Il faut peut-être l’avoir vécu pour mieux le comprendre. Mais en toute objectivité, cette arme que constituent les réseaux sociaux ne devrait-elle pas plutôt contribuer à faire avancer les choses dans la bonne direction ? A avoir de vrais débats, à faire des suggestions constructives, à dénoncer les abus dans le respect … ? C’est ce que le bon sens voudrait !

Avant de vouloir faire monter un hashtag en Trend Topic*ou de lancer le dernier Challenge pour charrier, il importe de se demander si ce n’est pas la réputation d’une personne qui est en train d’être ainsi piétinée. Nous avons tous des amis, des parents, des collègues, des proches, qui pourraient un jour se retrouver dans le viseur du « buzz à dérision », si ce n’est pas notre tour d’être à l’ordre du jour…
Ici ou ailleurs, dans le réel comme dans le virtuel, se moquer et  rire pour voir l’autre souffrir, ça s’appelle de la méchanceté gratuite, c’est une nouvelle forme de hercèlement, qui dans des cas extrêmes, peut conduire au suicide. De la domination 2.0. Faisons preuve de bon sens.

*Trend Topic : Sur twitter, un hashtag qui monte en Trend topic signifie simplement que le sujet suscite de l’intérêt et est donc beaucoup commenté.

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M.C Agnini
M. C. Agnini, c’est ainsi qu’il faudra m’appeler, à l’état civil ce sera Stéphane Tano Agnini. La Côte d’Ivoire est la terre qui m’a vu naître, alors il a été décidé que je sois Ivoirien. Je le suis donc. L’Afrique, oh ce beau continent ! c’est dans cette Afrique que ma chère Côte d’Ivoire a bien voulu élire domicile, quelque part dans sa partie occidentale. Je suis Africain .