Réseaux sociaux, mouroir populaire des grandes gueules

Il est bien loin derrière nous ce temps où chacun pouvait s’offrir le loisir d’exprimer ses idées sans se soucier d’une quelconque critique. Ce temps où la seule menace était la crainte de voir des journalistes un peu trop zélés, faire des critiques virulentes a connu bien des transformations.

Aujourd’hui, que l’on soit un ministre qui a du mal à compter au-delà de 200, ou même un autre qui tient un discours aux allures sauvages et agressives, ou encore une chroniqueuse qui met le respect entre parenthèse le temps d’une émission elle-même déjà très critiquée, on peut très vite se prendre dans le visage une baffle amplifiée par des individus en quête de buzz ! Les réseaux sociaux ont tout changé.

Les réseaux sociaux ont changé les codes de bonne conduite et les valeurs qui régissaient les relations entre les humains

Le pouvoir aux anonymes

Facebook, Twitter, Instagram… la liste pourrait s’allonger encore. Qu’importent les plateformes qu’ils utilisent, les internautes se sont découvert un pouvoir extraordinaire qui leur était resté inexploité pendant bien longtemps. Ce pouvoir-là n’est rien d’autre que la capacité de donner son avis. Ainsi, face à ce qu’ils considèrent comme de mauvaises actions, des injustices… ils ne se font pas prier pour exprimer leur coup de gueule. Et pour cela, même s’ils sont de parfaits inconnus qui n’ont aucun poids sur l’échiquier des personnes influentes, la force du nombre leur donne un sentiment de divinité. Ils ne se font donc pas prier pour le faire prévaloir.
Dans leur élan, ces anonymes aux super-pouvoirs mènent des actions tellement puissantes qu’elles peuvent contraindre un ministre, au sommet d’un État, à apporter des modifications ou encore à recadrer ses propos. Elles sont capables de pousser des politiques à revenir sur des décisions, elles sont capables de forcer les géants faire demi-tour et bien plus encore. N’est-ce pas merveilleux ?
Si les personnes publiques sont les plus exposées, elles ne sont malheureusement (?) pas les seules à être concernées.

Restriction ? Enfin, presque

Les réseaux sociaux ont changé les codes de bonne conduite et les valeurs qui régissaient les relations entre les humains. Aujourd’hui, il parait normal de s’immiscer dans une discussion, que l’on soit concerné ou pas, si tant est que cela est public. Pas besoin de vous plaindre, vous n’aviez qu’à la garder pour vous, plutôt que d’exposer cette photo devant tous, ou encore éviter de tenir des propos aussi graves publiquement. Si c’est trop tard, vous n’avez qu’à supprimer votre publication ou votre Tweet… mais avant, assurez-vous que quelqu’un n’a pas utilisé le super outil qui surpasse toute règle de confidentialité mise en œuvre par n’importe quel réseau sociale. Il s’agit évidemment de la fonction “capture d’écran”. Théoriquement, si une personne supprime une publication, personne d’autre ne devrait avoir le droit de l’utiliser après cette action. Pourtant, techniquement ce n’est pas le cas. Sur les réseaux sociaux, les erreurs peuvent facilement être gravées dans du marbre, impossible de s’en défaire.

Quand l’émotion éclabousse la raison… le « buzz-dérision » se pointe

Comme il fallait s’y attendre, l’effet pervers n’a pas tardé à pointer du nez. La quête du buzz fait souvent prendre des raccourcis. Ces raccourcis consistent à faire preuve du minimum d’objectivité possible. Ainsi, on se retrouve au beau milieu de critiques plus destructrices que constructives. Le mot d’ordre est aussi simple que sadique : “taper là où ça fait mal, aussi fort que possible”. Et la solution la plus adaptée demeure la dérision. Et à ce niveau, les internautes ne manquent pas de créativité. Sans faire de propositions concrètes, on préfère en rire, se moquer, et même humilier.
Parfois, le bouchon est poussé un peu trop loin, et dans cette quête entraînée par les allusions qui rivalisent de médiocrité, la meilleure est celle qui fera couler le plus de larmes, dans un cas comme dans l’autre. Pour les internautes qui ne demandent que cela, les larmes viendront après avoir longtemps rigolé. On en oubliera même que derrière chaque écran d’ordinateur ou chaque smartphone, derrière chaque connexion internet, derrière chaque compte Facebook, Twitter ou que sais-je encore, ce sont des êtres humains avec leurs sensibilités et leurs fiertés qui sont ainsi piétinés. Pour la victime au milieu de ce scandale, les larmes viendront à coup sur quand couchée seule dans sa chambre, elle verra sa réputation réduite à néant, pour une simple erreur.

 

Un harcèlement déguisé mais tout aussi destructeur

En vérité, quelle différence il y a-t-il entre faire circuler une sextape et diffuser sur les réseaux sociaux une publication qu’un individu a décidé de supprimer, car reconnaissant son erreur. Si l’un parait moins dégradant que l’autre, les deux produisent le même effet, un harcèlement dur à porter. Il faut peut-être l’avoir vécu pour mieux le comprendre. Mais en toute objectivité, cette arme que constituent les réseaux sociaux ne devrait-elle pas contribuer à faire avancer les choses dans la bonne direction ? A faire des suggestions constructives, dénoncer les abus dans le respect … ? C’est ce que le bon sens voudrait !

Avant de vouloir faire monter un hashtag en Trend Topic*, lancer le dernier Challenge pour charrier, il importe de se demander si ce n’est pas la réputation d’une personne qui est en train d’être ainsi piétinée. Nous avons tous des amis, des parents, des collègues, des proches, qui pourraient un jour se retrouver dans le viseur du « buzz à dérision », si ce n’e’st pas notre tour d’être à l’ordre du jour.
Ici ou ailleurs, dans le réel comme dans le virtuel, sourire, rire pour voir l’autre souffrir, ça n’a pas d’autre nom que la méchanceté gratuite qui dans des cas extrêmes, peut conduire au suicide. Faisons preuve de bon sens.

 

*Trend Topic : Sur twitter, un hashtag qui monte en Trend topic signifie simplement que le sujet suscite de l’intérêt et est donc beaucoup commenté.

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